Nous traversons en ce moment la plus grosse crise des réfugié-e-s depuis la guerre en Yougosla-vie dans les années 90. Elle ne se joue plus seulement aux portes de l'Europe, dans la Méditerra-née, là où des milliers de personnes ont perdu la vie au cours des dernières années. La crise de l'asile est arrivée depuis longtemps sur le continent européen: depuis un certain temps, l'Italie et la Grèce ne sont plus en mesure de garantir aux réfugié-e-s et aux migrant-e-s un logement adapté et une procédure d'asile conforme aux principes de l'État de droit. Les policiers français ont dé-ployé à la mi-juin une violence massive pour refouler les réfugié-e-s à la frontière italienne vers Ventimiglia. La Hongrie a commencé en juillet à construire une barrière à la frontière et souhaite maintenant y placer des militaires pour renvoyer les réfugié-e-s qui sont passé-e-s par la Grèce, ont suivi la «route des Balkans» et tentent de se frayer un chemin par le trou laissé dans la barrière pour le chemin de fer. Des miliers de personnes ont attendu pendant des jours dans la gare Keleti de Budapest dans le but de pouvoir poursuivre leur voyage. L'Autriche, qui a annoncé en juin un «moratoire sur l'asile», a laissé passer les gens en Allemagne.
Suite à une grande pression publique, l'Office fédéral allemand de la Migration et des Réfugiés a cessé d'appliquer le régime «Dublin» aux réfugié-e-s syrien-ne-s fin août. Pour ces personnes, les autorités ne contrôlent plus si un autre État européen est responsable pour le traitement de leur demande d'asile. A l'heure actuelle, les réfugié-e-s syrien-ne-s peuvent être sûr-e-s de ne pas être renvoyé-e-s d'Allemagne. Bien plus encore: le Conseil bavarois aux réfugiés est «sans voix» face à la solidarité qui pousse la population vers celles et ceux qui arrivent à la gare de Munich. Mais, mi-septembre, l'Allemagne a également fermé ses frontières aux réfugié-e-s. Pour le moment, nous ne savons pas comment cette situation évoluera dans le futur.
Solidarité sans frontières s'était déjà engagée pour un «Non» de gauche lors du débat sur l'adhé-sion à Dublin et Schengen en 2005. Après l'acceptation de l'adhésion aux accords d'association, nous avons continué à signaler après l'acceptation de l'adhésion aux accords d'association que la Suisse utiliserait ce système pour se débarasser de sa responsabilité vis-à-vis d'un grand nombre de demandes d'asile. Les chiffres actuels nous donnent malheureusement raison: selon les statis-tiques de l'asile pour les premiers huit mois 2015, la Suisse s'est déclarée comme non-responsable pour le traitement de plus de 9'000 demandes d'asile et a demandé à d'autres États Dublin la reprise des réfugié-e-s concerné-e-s. 3'801 requérant-e-s d'asile ont reçu sur cette base une décision de non-entrée en matière. 1'644 ont déjà été renvoyé-e-s, parmi lesquels 770 vers l'Italie.
Selon la Présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga et son Secrétariat d'État aux Mi-grations (SEM), le système Dublin – malgré la crise actuelle – doit rester un élement fondamental de la politique d’asile dans le futur. Nous le voyons avec le projet «Restructuration du domaine de l’asile», qui a été approuvé par le Conseil national pendant la session d’automne. L’accélération prévue par ce projet ne sera réalisable que si 40 pourcent des demandes d’asile sont traitées en tant que « cas Dublin » dans des procédures ultra-courtes, sans examen des motifs de fuite.
Suite à l’abolition partielle du système Dublin en Allemagne et alors même que la Commission eu-ropéenne émet des doutes sur ce système, les chances d’en finir avec ces renvois de force et indi-gnes de réfugié-e-s et de migrant-e-s augmentent. La résistance contre le système Dublin sera de ce fait un des points forts de notre travail à l’avenir. Solidarité sans frontières continuera à se battre pour que les réfugié-e-s puissent choisir eux-mêmes le pays dans lequel ils et elles souhaitent déposer une demande d’asile. Une véritable libre circulation – aussi pour les requérant-e-s d’asile et les migrant-e-s – est possible et nécessaire.
En finir avec Dublin. Maintenant!
Notre campagne contre les renvois se poursuit avec une action carte postale à l'attention de la Présidente de la Confédération Sommaruga.
