C'est une longue vague ample lente profonde
Qui vient battre nos côtes et meurt sur les galets
Elle arrive de loin entendez-la qui gronde
Quelle force pourrait arrêter la marée?
Entassés sur le pont étouffant dans les cales
De vieux rafiots rouillés qu'un rien fera sombrer
C'est une foule immense d'humains tremblants et pâles
Qui s'offrent à la mort pour tenter d'exister
Ils s'appellent Ibrahim Rachid Macodou
Elles c'est Djamila la belle ou Fatima,
Elles ont contre leur sein des enfants aux yeux doux
Des enfants juste nés qui ne comprennent pas
Eux bras dressés supplient le ciel noir et cruel
Leur bouche n'est qu'un cri où résonne l'effroi
La houle les secoue les gouffres les appellent
Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas
Nous ne pourrons pas dire que nous n'avons pas vu
Les villages rasés et les vieilles en larmes
Les yeux hallucinés les haillons les pieds nus
Avec dans le lointain le grondement des armes
Voilà ce qu'ils ont fui par dunes et pierrailles
Pour d'autres c'est la faim qu'en savons-nous ici?
La faim sorcière noire où faut-il donc qu'ils aillent?
Ce n'est pas coeur léger qu'on engage sa vie
Et nous voyant venir cette pure souffrance
Nous laissons aboyer les bâtisseurs de haine
Les bâtisseurs de murs aux vieilles idées rances
Qui sentent la charogne et les brumes anciennes
Et nous baissons les yeux coeurs et portes fermés
Que dira-t-on de nous dans cent ans dans vingt ans
Eux suivent leur chimère acharnés harassés
Et la nuit descend sur un monde indifférent
>Écouter la chanson
La Vague
Paroles et musique: Michel Bühler
Arrangement: Gaspard Glaus
Production: Les Editions du Crêt Papillon
2016
